Aujourd’hui plus qu’hier, moins que demain...

C’était en septembre 2001. J’écoutais distraitement Guillaume Durand faire son « après-Pivot » en m’appliquant à couvrir les livres scolaires de mes enfants, bataillant ferme contre scotch récalcitrant, plastique électrostatique et couvertures en lambeaux, le tout sans jurer comme un charretier, (il était tard, j’avais largement dépassé mon quota d’heures supplémentaires). Ce ne fut pas le non-événement de la promotion du dernier Houellebecq qui me fit relever la tête, ni même la présentation de l’incontournable « premier roman » mais la flèche du Parthe décochée sans frémir par l’une des chroniqueuses (je me refuse à l’appeler autrement) pour introniser le jeune auteur qui usait encore ses jeans sur les bancs de la terminale : « Je ne crois pas que l’on devienne écrivain à quarante ans. » Et, vlan ! Moi qui venais juste de souffler quatre grosses bougies symboliques plantées dans une pizza chaudement livrée à la porte du modeste, mais néanmoins poétique, gourbi où je m’étais réfugiée, en rupture de ban avec la société, préoccupée de trouver enfin une issue aux différentes inspirations qui soulevaient à intervalles (très) irréguliers la banalité de l’existence ! Que faire ? Intégrer le panel des « ménagères de moins de cinquante ans » ? Les gens de télévision auraient peut-être quelques égards pour moi...Emprunter la voie suicidaire de la résignation ? Non. Je me suis contentée de me désintéresser du livre en question. Piquée au vif, j’ai boudé. Aujourd’hui pourtant, je me console assez mesquinement, je l’avoue, en me souvenant que la jeune fille portée au pinacle n’était pas très sexy, pas très charismatique, pas très provocante. D’accord, elle avait dix-sept ans (Rimbaud, Sagan, blablabla...) et l’émission l’a aidée à vendre beaucoup d’exemplaires, bien plus que je n’ai réussi à le faire en quatre décennies, mais bien moins que les reines du loft.