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"Sueurs"

Nouvelle publiée dans "La Marge"




Ce fut leur odeur qui m’éveilla. Au point le plus silencieux de la nuit, ce ne fut ni le bruit de leurs pas hésitants ni l’écho de leurs plaintes étouffées qui me tirèrent du sommeil, mais un léger changement dans l’air que je respirais. Quelques gouttes de sueur peureuse que mes narines reconnaissaient entre mille autres effluves.

L’odeur de la crainte.

Informulée encore. « Où nous emmène-t-on ? », « Qu’allons-nous devenir ? ».Une appréhension diffuse qui rendait les fronts, les aisselles et les paumes moites.

Depuis des mois que ce rituel s’accomplissait selon mes ordres, pas une fois je n’avais été privé de la délicieuse sensation qui me faisait deviner leur approche craintive.
Des poitrines de vierges à peine gonflées, des cuisses de garçons nerveuses, de la jeunesse, de la beauté, de l’inviolé. J’avais donné des instructions précises, de plus en plus exigeantes, ayant eu à refuser trop de corps disgracieux ou de peaux frelatées parmi les premiers contingents qu’on m’avait fournis.