L’AMOUR FAUVE

Nouvelle

La grille est restée ouverte. Comme elle n’a pas nettoyé depuis longtemps, ça sent fort.

Il est là. Ne bouge pas. Elle va appuyer sa joue contre sa paume large. Il n’y a aucun bruit. Elle s’absente. Elle s’abstrait du monde. Il n’y a que sa peau si pure et rugueuse, que ses ongles si courts et si durs.
Luxuriante. Le mot chevauche son esprit sans relâche. Comme leur jouissance à l’abri des regards. Comme la végétation verte et humide qui les protège au-delà du mur.

Abandonnée dans sa chaleur, elle se dit qu’elle a lutté et qu’elle ne peut plus.
Au début, la lenteur, la douceur, l’approche silencieuse et respectueuse. Ensuite, les gestes, mesurés, répétés, le rituel de confiance qui ouvre le chemin et rétrécit la distance. La parole, enfin, des mots simples, de plus en plus nets. Le regard qui s’éclaircit, la tête qui penche sur le côté, la réponse qui sourd de la poitrine, de l’être obscur. Ils se comprennent. Ils se parlent.

Elle aime. Du plus loin de sa mémoire, du plus profond de l’invisible tourment qui la rend vacillante, elle aime. De sa chair, de son sang, de ses viscères. Depuis le creux de ses narines qui hument, depuis le creux de ses bras qui froissent, depuis le creux de ses ongles qui grattent, elle est à lui.

Elle desserre l’anneau. La trace a marqué la peau drue et laissé un bracelet lisse. Elle l’embrasse. Elle a dû l’attacher si fort...elle regrette un peu, mais, il avait accepté. De ses yeux innocents et terribles. Le fer rejeté résonne. Elle fourrage passionnément dans la toison courte et douce de sa poitrine, pose son nez là où c’est tiède, encore.

Le sol est couvert de terre et de poussière, les murs rayés d’ombre, la fenêtre toujours étoilée depuis les jets de pierre. Ils ont laissé passer la méchanceté sans bouger. Blottis l’un contre l’autre. Réfugiés et solidaires dans la peur ancestrale du maître.

Un jour, les lanceurs de cailloux se sont lassés. Elle a pu chercher ses lèvres, lui apprendre à fermer le cercle de ses bras puissants sur elle, le laisser malaxer et broyer son bassin. Et crier.

Quand on va les trouver, elle sait qu’elle sera jugée. Enfermée, décérébrée, ou exécutée, que lui importe ? Une cellule pour une autre, l’hystérie compacte de la foule, différente, contre elle, la punition...elle croit qu’elle n’a pas peur.

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