Les séquences Ecriture des Enfants de La Comédie, Sèvres 2003-2004

Le Rouge d’Héloïse


Quand la citrouille creusée et illuminée pousse son dernier cri, et quand les costumes en velours commencent à s’endormir sur la chaise du salon, c’est l’heure. L’heure d’aller faire la quête, la quête de friandises à la framboise, à la fraise, au cassis...
Arthur se lève, prend sa cape noire et toute sa panoplie rougeoyante sous les derniers rayons d soleil à l’horizon.

[...]

À la première porte, un des participants de la bande frappa vigoureusement et longuement jusqu’à ce que quelqu’un lui ouvre. Une jeune femme très élégante et maquillée comme une poupée (trop de rouge à lèvres et pas assez de fond de teint) vint entrebâiller la porte :

« Chut, les enfants ! Mon bébé dort ! Vous venez pour les bonbons, n’est-ce pas ? Attendez là. »

Elle revint avec une corbeille teinte pleine de friandises qu’elle distribua dans leurs paniers.

À la deuxième porte (le soleil n’était désormais plus visible, soit à cause des nuages, soit à cause des arbres flambants qui bordaient le chemin, cela faisait de magnifiques ombres chinoises), Arthur frappa d’une main hésitante mais son coup était audible. Cette fois, ce fut un vieil homme aux cheveux blancs qui ouvrit. Derrière lui, on pouvait distinguer une porte orange et un mur recouvert d’un rideau en satin couleur de braise.

« Que se passe-t-il ? », demandait-il, « Pourquoi êtes vous déguisés ? Ce n’est pas le carnaval ! Pourquoi sonnez vous chez moi ? », redoubla-t-il.

Ils restèrent sans voix, la bouche grande ouverte.

« Allez, ouste ! », réclama-t-il.

Juste avant qu’il ne ferme la porte, Arthur put apercevoir sur le rideau une flamme qui semblait dévorer le mur à toute vitesse.




Le Rouge de Hugo


Il y avait une très belle petite maison, au milieu d’un très beau petit jardin, clôturé en rouge. À l’intérieur de la maison : une teigne, une peste de petite fille que tout le monde détestait.

Elle venait de sortir, tirée de force de devant la télé par ses parents, pour aller voir sa grand-mère qu’elle détestait autant que les gens du village la haïssait, elle.
Elle monta dans la voiture et, une fois arrivée, comme elle ne voulait absolument pas recevoir de gros baisers baveux de sa grand-mère, elle glissa des mains de son père et courut dans les bois, le plus loin possible.

Au fait, son nom, c’est Charlotte !

Donc, comme je disais, elle s’échappa, mais, un peu trop loin à son goût. Elle se dit :

« Bon, d’accord, je vais revenir sur mes pas et rentrer à la maison. »

Or, ses pas n’étaient plus visibles car elle avait marché dans les feuilles.
« Et, zut ! » , se dit Charlotte.




Le Blanc de Camille


« Bonne nuit, Sacha ! Si tu te réveilles dans la nuit, appelle moi, mon chéri. 

- Merci maman, bonne nuit. »

Je fis venir mon chat Pacha sur mes genoux avec l’espoir qu’il ne me réveille pas le lendemain matin à force de ronronner. J’étais malade depuis quelques jours, ce qui était assez étrange en été. Cela me réveillait fréquemment la nuit.

Ce soir-là, maman m’avait donné une espèce de poudre blanche à diluer dans de l’eau pour que je passe une bonne nuit.

On m’avait offert Pacha pour mon anniversaire, six mois auparavant. En voyant son magnifique pelage blanc comme neige, j’eus l’idée de l’appeler « Pacha » .

En regardant sa fourrure, ce soir-là, j’eus le sentiment de m’enfoncer dans un univers magique d’une blancheur pure. Puis, tout doucement, je plongeai dans un liquide blanc qui avait le bon goût du lait fermenté. Je nageai jusqu’à une plage de fin sable blanc que j’essayai d’atteindre, bien que me sentant fatigué. Arrivé à ce point, je marchai dans les bois, entre les arbres enneigés Puis, je me rendis compte avec surprise que le sol était moelleux et blanc : c’était du fromage ! Je me serais cru en Alaska !




Le Blanc de Pierre-Marie


Un jour blanc se levait sur cette terre de nuit. Seraphanos semblait pris de panique. Il tourna ses yeux dans la direction où le soleil se levait et vit un dragon. Un dragon qui volait devant le soleil. Nous nous approchâmes aussi et vîmes de plus près notre mystérieux allié. Le dragon était doré.

Seraphanos prit à nouveau une profonde inspiration et cracha un gigantesque jet de flammes sur le dragon inconnu. Ce dernier disparut dans la fumée. Seraphanos se mit à rire mais cessa bien vite en voyant ce qui se passait. Émergeant de la fumée, le dragon d’or continuait à voler vers Seraphanos. Il ouvrit grand la gueule et, lui aussi, cracha un rayon enflammé d’une telle intensité qu’on eut cru qu’il s’agissait d’un des rayons blancs du soleil lui-même.
Seraphanos regardait, aussi éberlué que nous, et esquiva l’attaque au dernier moment. Il s’éleva alors en chandelle, montant haut dans le ciel, le dragon d’or l’imitant. La lutte commença par des crachats enflammés qu’ils évitaient mutuellement.

Voyant que cela ne servait à rien, ils changèrent complètement de tactique. Le vrai combat commença. On aurait dit une danse, magnifique mais mortelle. Les deux dragons tournaient dans le ciel orangé de l’aube qui, voulant peut-être prendre part à la lutte, se zébra d’éclairs blancs.

Ils décrivaient ainsi des cercles, puis, soudainement, l’un d’eux rompait le cercle et fonçait sur l’autre qui s’écartait de justesse. Ce ballet sembla durer des heures.
D’un seul coup, poussant chacun un rugissement de rage, ils se jetèrent l’un sur l’autre, se tailladant le corps à coups de griffes et de dents. Ils faisaient à présent des vrilles, l’un passant au-dessus de l’autre à chaque fois.
Soudain, Seraphanos réussit à plaquer ses pattes sur le corps du dragon d’or et l’entraîna vers le sol. Ils tombèrent ainsi de plus en plus vite, Seraphanos poussant l’autre devant lui pour l’écraser plus sûrement. Sûr de sa victoire, il se mit à parler tandis que la chute devenait de plus en plus rapide.

« - Je suis le lieutenant du prince de la nuit et rien ne s’opposera à son règne ! »

Il plongea son regard plein de haine dans les yeux verts du dragon d’or. Il s’aperçut alors que ce dernier souriait. Il fut stupéfait de cette réaction de son adversaire qui poussa alors un hurlement et battit furieusement des ailes, propulsant un vent violent vers les yeux de Seraphanos. Il profita de sa déconcentration pour se retourner, et dit :

« À présent, le prince de la nuit n’a plus de lieutenant ! »
Et d’une violente poussée, il envoya Seraphanos s’écraser au sol.




Le Blanc et Noir d’Isabelle


J’étais penché sur ma feuille, mes cheveux me tombant sur le visage et... le cerveau désespérément vide, creux... lamentablement vide, lamentablement creux.

La Seconde Guerre Mondiale... Oui, je vois. Les chefs politiques, je vois aussi. Rommel... Là, non, je ne vois pas.

Je me répétais ces mots et essayais de recadrer Rommel sur ma copie.

« Aucune idée de la vie de ce type... »

Je regardai autour de moi. Tout le monde semblait pris dans un courant électrique et les stylos griffaient le papier à une allure vertigineuse. Qu’avaient-ils de si important à dire sur ce nazi ? Bonne question... ma chère prof d’histoire m’ayant sympathiquement mis zéro à ma dernière interro, sous prétexte que je débordais du sujet pour parler, un peu trop à son goût, de mon opinion personnelle sur la Shoah, je préférai ne pas retenter le coup cette fois, même histoire de remplir ma page blanche.
La sonnerie. Ramassage des copies, bruit de chaises qui râpent sur le sol. Je regardai ma prof, perplexe devant ma feuille vierge.

« C’est une plaisanterie ? », dit-elle, avant de la mettre comme les autres dans ses vieux bras fripés. Je haussai les épaules et pris mon sac avant de partir dans le couloir.
Ma journée était enfin finie. J’étais libre. « Un jour de moins à vivre. » me dis-je simplement avant de prendre le chemin de mon adorable demeure.

Je sentais le regard des lycéens dans mon dos et j’entendais leurs remarques sur moi, mes vêtements, ma coiffure, mes chaussures...

Je faillis me retourner pour leur dire :

« Quoi ? Vous avez jamais vu quelqu’un de votre vie ? »
Mais je me retins en me voyant dans la vitrine de la boulangerie collée au bâtiment principal : la peau blanche comme mes copies d’histoire, les cheveux noirs et bouclés, les yeux, de cette même couleur de jais, et ces habits noirs et trop grands qui traînaient par terre, à l’image de mes chaussures usées jusqu’à la corde, et surtout, ce trait noir qui bordait mes yeux. Mes yeux de garçon. Ça devait être le point gênant de mon physique qui retenait tant l’attention.

C’était d’ailleurs à cause de mon physique que mon père m’avait foutu à la porte, que ma mère ne me parlait plus et que personne ne m’avait adressé la parole depuis.
J’habitais maintenant dans un petit studio qu’un vieux copain m’avait prêté pendant son absence chez ses parents, aux U.S.A, le temps que je sois majeur et que j’en prenne un à mon compte. Mon père acceptait de payer le loyer mais je devais me débrouiller pour le reste.