Le début et la fin

Les six-phonées ont à leur disposition la première et la dernière phrase d’un texte. À elles d’imaginer comment remplir l’espace qui sépare les deux. Le récit doit obligatoirement commencer par :
« Je ne donne jamais de cadeaux d’anniversaire »
et finir par :
« Toujours est-il qu’on ne retrouva sur elle que trois petits os. »
(Phrases extraites de lettres envoyées par Lewis Carroll à des enfants.)



Clémence

« Je ne donne jamais de cadeaux d’anniversaire », disait ma tante acariâtre. Cependant, tous les ans, mes parents l’invitaient justement pour mon anniversaire. Mais, cette année-là, quand on arriva au dessert, toute ma famille se mit à m’apporter des cadeaux plus gros les uns que les autres.


Je commençai à ouvrir mes cadeaux, mais, comme à mon, habitude, je me fixai une technique très stricte : commencer par les paquets les plus petits et continuer par ordre de taille. J’avais toujours pensé que les plus beaux cadeaux étaient les plus gros.


Le premier fut une petite paire de boucles d’oreille venant de ma cousine. Elles étaient rondes avec une grenouille sculptée sur le dessus. Je me dis alors que, malgré tous les efforts que j’avais faits pour essayer de donner du goût à ma cousine, c’était sans espoir. Je continuai à ouvrir ces paquets : mon frère, ma meilleure amie, ma mère, mon père...


Et enfin, vint le moment que j’attendais avec impatience : celui où il ne restait plus qu’un seul paquet : le plus gros. Celui qui était censé être le plus beau. Il était enveloppé d’un papier vert avec des éléphants roses et, sur le dessus, une carte était accrochée. Je la pris et lus quelques mots :


« Pour ma chère Agathe à qui je n’ai jamais offert de cadeaux », et elle était signée : « Ta tante adorée ».
Alors, je pris le paquet sur mes genoux et je l’ouvris. Peu à peu les formes se dessinaient, je sortis l’objet et tous les convives s’exclamèrerent en choeur : « Ah ! ». J’observai cet objet en me demandant à quoi il pouvait bien servir.


Ma tante se tourna vers moi et me dit :


« C’est un porte-livre et, si tu regardes bien dans le paquet, il reste une Bible. »


Ma main alla donc fouiner au fond du paquet et, en effet, je sentis un gros livre. Je le retirai de tout ce papier cadeau. Mes yeux grands ouverts s’extasiaient devant cette Bible et je pensai en moi-même : « Quelle idée a bien pu passer par la tête de cette chère tante pour m’offrir une Bible ! En plus, j’ai arrêté le cathéchisme depuis au moins cinq ans ! »


Je posai ce gros manuscrit sur le magnifique porte-livre et entrouvris le livre chéri.


J’arrivai à l’évangile selon Saint-Luc, chapiter 374, verset 98, et je lus :


« Toujours est-il qu’on ne retrouva sur elle que trois petits os. »

Alexandra

Je ne donne jamais de cadeaux d’anniversaire et je ne m’en vante pas.


Qu’une petite fille ne me remercie pas est parfaitement logique mais qu’elle me dise : « Mon anniversaire est gâché par ta faute ! », est un peu fort !


Maintenant, oublions la avant que je vous en parle pendant des heures.


Bon. Eh bien, d’abord, je m’appelle Lulu-La-Trempette. Ne vous moquez pas, sinon c’est de la tarte aux chaussures que je vous colle à la figure et ch’uis un gars, compris ?
Ensuite, je voudrais vous dire que mes voisins me traitent comme un timbré de première, le truc mega-agréable quand je sors de chez moi. Je leur dis « Bonjour ! » et eux, c’est : « Allez vous en, macaque jaune ! ». Macaque ? Elle s’est pas regardée, la mère !


Un jour, je dis à mon chat :


« Je m’en vais voir des sorciers pour m’apprendre la conduite directe, industrielle et apprentive, poliment. Fais-toi cuire des chaussettes dans le frigo en bas, à tribord, et, si tu veux, tu pourras aller jouer avec ta potesse l’armoire. Mais touche pas à la T.V, O.K ? Parce qu’elle aime pas l’odeur de tes pattes cramées. »


Il me répond que, ouais, il fera attention.


Je m’en vais dans l’océan Atlantique. Inutile de vous dire que j’ai pensé à ma bouée.


Je plonge et je vois mon chat !


« Retourne à la maison Mouchatartiné ! » (C’est le nom de mon miaou.)


Là, je vois mes potes les carreaux bleus... c’est bizarre parce que... Ah ! Mince ! C’est pas dans l’Atlantique que j’ai plongé mais dans la flaque d’eau de chez mes voisins !


Je m’en vais vite fait bien fait avant qu’ils ne voient mon corps nu dans la chaleur de cette pluie glaciale.
Je rentre chez moi. Je vois Mouchatartiné qui mange des cheveux de ma voisine trempant dans une casserole pleine d’épinards.


Y’a Marialexandra qui m’invite à son anniv’ et la peste du week-end dernier aussi. Alors, je choisis Marialexandra.


Le soir, Mouchatartiné me demande pourquoi je voulais aller dans l’Atlantique. Je lui réponds que c’est parce que je voulais être célèbre et beau et parce que les sorciers l’habitaient et qu’ils allaient exaucer mes voeux.


Le week-end, je vais chez Marialexandra. On s’éclate, mais, sans cadeaux, ch’uis ridicule. Je m’en fiche.
Quand je lui donne mon manteau pour qu’elle l’accroche quelque part, elle me dit :


« il est trop beau ! Merci beaucoup ! »


Je réponds pas. Je pars un peu plus tôt que d’hab’ pour aller chez la peste dont je vous parlais au début.


La mort... Quel horrible pressentiment !


Ce que je vois en arrivant est affreux...


Toujours est-il qu’on ne retrouva, mon chat et moi...


Toujours est-il qu’on ne retrouva sur elle que trois petits os...

Non, nous n’utilisons pas de substances interdites ! C’est juste une question d’imagination délirante.




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  • > Le début et la fin
    27 août 2005, par Alex

    c’est moi alexandra , qui l’ai écrit ! la classe totale , pas vrai sophie ? salut les copines : allez toutes à l’atelier d’écriture , c’est super cool , et y a d’quoi devenir hyper célébre plus tard grace à so-so la meilleure ! " parole de six-phonée" ;-) bizous à tous les écrivains alex

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