Jeux littéraires 2006

À La Maison Pour Tous de Ville d’Avray, j’ai, depuis quelques années, eu l’occasion d’explorer les voies de l’Imaginaire avec les enfants. Cette année, plusieurs plumes plus expérimentées ont eu le désir de créer un groupe où écoute, émulation et convivialité favorisent l’épanouissement de l’écriture individuelle. Les "grands" comme les plus jeunes ont accepté de jouer le jeu, c’est à dire d’assouplir leur pratique littéraire en exécutant de bonne grâce quelques "échauffements" au début de chaque atelier. En voici de savoureux extraits.




Merci à Françoise, Hortense, Marie-Laure, Pascale, Sabine, Chrsitian.

Le pangramme

Un pangramme est une phrase dans laquelle toutes les lettres de l’alphabet doivent être utilisées. Plus il est court, plus il est réussi. On a le droit d’utiliser les lettres dans le désordre.




Pollux, grand zoulou, n’aime boire du jus de kiwi chez vous qu’en faisant du yo-yo.



Les monosyllabes



Le jeu consiste à composer un texte en n’utilisant que des mots monosyllabiques (une seule syllabe).




Je vois au loin le feu qui prend dans le bois : j’ai peur. Le soir, le ciel est d’or et de sang. Oui la mort est là, mais crie ton deuil aux vents qui s’en vont et mets tes pas dans ceux de la vie.
Tu viens, tu me vois, tu me dis ton feu et tout d’un coup tu t’en vas ! Quand viens-tu pour de bon près de moi ?
Au gré du vent, va, sans but, vers l’or du soir qui peint le ciel et met la paix aux coeurs sans joie.




Les alexandrins greffés



Avec quelques uns des plus beaux vers de la littérature française, il devient possible de se sentir l’âme d’un grand poète. Ces alexandrins ont été coupés puis mélangés, saurez-vous les reconnaître ?




Je fais souvent ce rêve, sur la lune enflammée :


Sur les ailes du temps, nous étions seul à seule,


Les nuages couraient au travers de l’espace,


J’ai dansé sur les flots, le front dans tes deux mains.





Mon verre s’est brisé pour ouvrir la fenêtre


Du manteau de la nuit. Par les soirs bleus d’été,


Je ne parlerai pas, regrettant mon amour,


Je ne penserai rien. J’irai par les sentiers...




Les néologismes



Inventer des mots en se laissant porter par les sons et les rythmes est l’un des chemins qui mènent à la poésie.




Amourance lointaine Partance emmarinée
Vagalie enchantée Amarrage mystérieux
Valse redouce Orangesque libelle




La « phrase à trous »



Le jeu consiste à reconstituer une phrase à partir d’une énigmatique série de lettres, chacune représentant le début d’un mot. Les possibilités sont multiples.




U...f...s...d...d...l’... devient ainsi :




Ugolin fait semblant de déverser l’eau.


Ubu, figure souverainement dérisoire de l’homme.


Une femme se démarque de l’assistance.



Le lipogramme



Un lipogramme est un texte dans lequel une (ou plusieurs) lettre (s) est (sont) interdite (s). Le plus difficile à réaliser est bien sûr le lipgramme en « e ». On doit à l’écrivain Georges Perec le plus fameux des lipogrammes : La Disparition, un roman entièrement écrit sans utiliser un seul « e » !




Il faisait noir ; un gong frappait trois coups ... Il avait fallu sortir du confort du bar, gravir trois gradins jusqu’au strapontin gratuit du Figaro, l’ouvrir - il grinçait, d’où juron du voisin - Pour moi, las du poids du jour, un soir à Chaillot n’avait aucun attrait - Il y avait pourtant mon avis à fournir au journal du matin ! Aussi, partir sans faillir à ma mission paraissait sans solution quand, tout à coup, l’intuition d’un truc vint à point : dans mon sac il y avait un carton d’invitation qui m’offrait cinq citations pour bâtir un gribouillis savant sur un inconnu scribouillard qu’on jouait à Chaillot aujourd’hui. Il n’y avait plus qu’à sortir mon stylo, fourbir un cocktail à ma façon puis finir par mon nom au bas : un travail à bon prix qui paraîtrait au jour promis. Aussitôt dit, aussitôt fait !