Un moment d’égarement

Tard dans la nuit. Ma voiture longe une forêt de l’Ouest parisien. Sur ma gauche, entre les arbres et la route, la façade bronze et rouge d’un établissement connu des initiés. Vitres opaques, lanterne rouge, lettres d’or entrelacées et fleurs de lys. Sur ma droite, vision surprenante : un homme marche, entièrement nu. Inconscient de son état comme l’empereur du conte ? Ivre ? Échappé de ce baisodrome luxueux dont le double R a connu un regain de célébrité grâce aux bons soins de Madame Catherine Millet dans un livre prétendument scandaleux ?
Juste en face, une station-service. Le gérant fait la causette avec les chauffeurs des clients du Roi René. Sait-il, savent-ils, qui est ce Monsieur X qui ne craint pas d’exposer ainsi son anatomie intime à la fraîcheur nocturne ? Je roule et je m’interroge sur l’anonymat des uns et la discrétion des autres. Sur la soif de luxure et l’appât du gain. Sur le prix du silence et celui de l’impudeur. Et je rentre chez moi. Ni plus riche ni plus célèbre.